Estelle Aguelon

Landscape 1 : 2014, xylogravure 120 cm x 72 cm
Landscape 6 : 2014, xylogravure 120 cm x 72 cm
Boxe 1 : 2007, lithographie 15 cm x 24 cm
Boxe 4 : 2007, lithographie 15 cm x 24 cm
Lutte au sol : 2007, pointe sèche, 16 cm x 14 cm
coureuse 2 : 2007, pointe sèche, 16 cm x 14 cm

Née en Charente en 1982.

Formée aux beaux-arts de Rennes, puis en gravure à l’école de La Cambre à Bruxelles. Estelle Aguelon s’instale en Auvergne où elle reprend une imprimerie typographique. Depuis 2010, elle travaille comme typographe et conductrice machine chez Cheyne éditeur où elle a illustré 5 livres. Elle poursuit en parallèle son travail de peintre et propose des ateliers de gravure et typographie.

Expositions

- La Rafinerie, Bruxelles, 2007

- Le Bief, Ambert, 2008

- Chapelle des Cordeliers, Clermont-ferrand, 2009

- Le GAC, Annonay, 2014

- Centre Camille Claudel, Clermont-ferrand, 2014

- La Chose typo, Clermont-ferrand, 2014

- Cheyne éditeur, Le Chambon-sur-Lignon, 2014

On pourrait imaginer une histoire de l’art qui serait une histoire du trait. De l’inscription rupestre aux griffures de Fautrier, du trait qui identifie au trait qui défait la forme de sa convention, le dessin, depuis toujours et cela n’aura pas de fin, prend tous les paris possibles dans la représentation du réel. Voilà pourquoi je me passionne volontiers pour le travail d’Estelle Aguelon qui ajoute à cette longue tradition son geste singulier, sa manière propre – c’est-à-dire qui ne ressemble pas. Ce qui les caractérise s’éclairerait du sens originel et oublié du mot trait, qui désigne par exemple la flèche, et nomme aussi bien le mouvement vif que la tension qu’il induit. Ou encore ce qui est saillant (de saillir, encore un mouvement, d’irruption celui-ci). Le trait d’Aguelon dit que toute forme est d’abord un mouvement dans l’espace, et même s’il s’agit de l’objet immobile (le rocher peut bien être immobile, qui pourrait croire que sa forme le soit, elle qui bouge selon la lumière et l‘ombre, selon l’avancée ou le recul du regard ?). Aussi bien le trait chez elle semble n’avoir ni commencement ni fin, il montre l’intensité d’une apparition et son nécessaire effacement. Il ne clôt pas, il ouvre, il est l’ouvert en acte. C’est pourquoi son dessin dépasse l’anecdote d’une représentation rassurante, qui satisferait notre appétit de reconnaissance. Il fait mieux, mille fois mieux, et plus rare : il donne à éprouver sous le motif ou la figure ce qui en est la vie même : un mouvement qui tranche sur la neutralité du rien, son surgissement flagrant dont la fugacité même fait le prix. Toute l’aventure fragile de la vie dans un trait, avouez que ce n’est pas banal…

Jean-Pierre Siméon 13 novembre 2013